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Jacques CHIRAC

Entretien publié le 19 mars 1979

– Vous vous êtes prononcé, il y a quelques mois, pour la reprise du dialogue Nord –Sud. Pensez- vous que cela est possible encore et que faut-il faire ?      

– L’ouverture d’un dialogue Nord-Sud avait suscité une grande espérance. Celle-ci a été déçue  est l’entreprise s’est enlisée dans une voie procédurière qui semble sans issue. Sans doute le fait que la France n’ait pas eu la capacité de s’exprimer en tant que telle au sein de la conférence sur la coopération économique internationale explique-t-il pour une part cet échec. Mais les problèmes à résoudre demeurent, et sous une forme ou sous une autre, les pays industrialisés comme ceux du tiers monde doivent saisir toute occasion de renouer le dialogue. Ils doivent être les uns et les autres convaincus que l’avènement d’un ordre économique mondial plus juste ne serait être obtenu que par la négociation patiente entre tout les intéressés et à condition que ceux-ci soient animés de la volonté d’aboutir.

– A votre avis,  la perspective de l’élargissement du marché commun ne serait-elle pas dommageable pour les produits des pays associés du Maghreb ? 

L’élargissement de la Communauté Européennes poserait, le R.P.R ne cesse de le dire, une série de problèmes aux pays qui en font actuellement partie et singulièrement à la France, ne serait-ce que parce que l’agriculture de ses régions méridionales serait exposée, si toutes les précautions nécessaires n’étaient pas prises à une concurrence d’autant plus dangereuse que les conditions économiques et sociales prévalant dans les pays candidats sont  différents des nôtres. Il est évident aussi que la suppression éventuelle de toutes restrictions à l’accès dans le territoire communautaire des produits méditerranéens, grecs, espagnols ou portugais, serait de nature à gêner les exportations vers l’Europe des pays d’Afrique du Nord à laquelle elle est liée par des accords commerciaux et de coopération. Il va sans dire que les obligations qui nous lient à nos partenaires maghrébins et particulièrement à la Tunisie doivent  être respectées et que les intérêts de ces derniers doivent être pris en considération. Les négociations préalables que nous demandons avec insistance devraient nécessairement en tenir compte. La France est le défenseur naturel des intérêts de l’Afrique du Nord dans la communauté. L’élargissement ne doit pas se faire au détriment des intérêts de l’Afrique du Nord et ne doit pas avoir pour conséquences la rupture de celle-ci avec l’Europe. Il doit être au contraire l’occasion de raffermir les premiers résultats et nous souhaitons que les négociations d’élargissement se déroulent en consultations étroite avec les pays associés d’outre-méditerranée.

– Une amélioration dans les rapports entre la France et l’Algérie est à souhaiter par tous. Dans cette perspective, comment concevez-vous les rapports entre la France et d’autres Etats du Maghreb ?

– La géographie, l’histoire, l’économie comme l’intérêt bien compris de la France et l’Algérie commandent que ces deux pays entretiennent des relations de  coopération étroite et confiante. Nous souhaitons donc que soient dissipés les nuages qui se sont formés au cours des dernières années et qui résultent souvent de simples malentendus sur nos intentions réciproques. Il va de soi que ceci ne saurait se faire au détriment de qui que ce soit. La France n’a pas de hiérarchie dans ces amitiés et entend maintenir les liens étroits d’amitié qui doivent être les siens avec tous les pays du monde. Nous pensons au contraire que l’instauration d’un meilleur climat politique entre l’Algérie et la France devrait permettre à la coopération que celle-ci entretient avec chacun des Etats d’Afrique du Nord de se développer plus harmonieusement.

– La situation en Iran est perçue en Occident comme un second avertissement après celui de 1973. Est-ce que vous limitez les conséquences des bouleversements en Iran à leur aspect énergétique seulement ?

– Les événements d’Iran ont des causes complexes ; il est certain que leurs conséquences seront multiples et affecteront plusieurs domaines des relations internationales. Celles qui touchent à l’économie sont sans doute dans l’immédiat les plus perceptibles puisque l’interruption des exportations de brut iranien entraine un début de pénurie sur le marché pétrolier et corrélativement une hausse des cours. Atténuer les déséquilibres qui peuvent en résulter et l’effet  néfaste que la situation qui se développe peut produire sur l’économie mondiale devrait être l’une des préoccupations principales des gouvernements des pays consommateurs comme de ceux des pays producteurs. Cependant il est certain que la révolution iranienne peut avoir des répercussions dans d’autres domaines. Le refus apparent pour un peuple d’un pays en voie de développement de certaines formes peut-être excessives et trop hâtivement imposées d’industrialisme et de modernisme, l’irruption torrentielle de forces religieuses sur la vie politique d’un Etat musulman, le rôle joué à la faveur des bouleversements actuels par des groupes marxistes ou marxisants minoritaires mais bien organisés constituent autant d’éléments qui pourraient affecter l’équilibre politique de cette région du monde et la stabilité intérieure des pays qui la composent. Les hommes d’Etat responsables en Orient  comme en Europe ou en Amérique devront tirer les leçons des événements qui se déroulent en Iran, pays ami que nous espérons voir, qu’elles que soient les vicissitudes qu’il connait aujourd’hui, retrouver le plus tôt possible la paix civile et la prospérité économique.

About Ribens

Diplômé de l'Institut d'Etudes Politiques de Paris (Section : Relations internationales - juin 1978), se destinait à une carrière dans la diplomatie après un stage à l'Ambassade de Tunisie à Paris. Les circonstances 'hasards et nécessités- décidèrent d'un itinéraire professionnel différent. Parallèlement à de ses études à Sciences Po-Paris et à Paris II en sciences de l'information et de la communication, il entame en 1974 une exaltante aventure de correspondant à Paris ' chroniqueur (quotidiens & hebdomadaires tunisiens) qu'il poursuit pendant six ans. Ce qui lui permit d'approcher plusieurs personnalités politiques françaises et étrangères ainsi que des écrivains pour des entretiens (notamment Pierre Mendès-France, Michel Rocard, Michel Jobert, Hélène Carrère d'Encausse, Arthur Conte'), outre les articles et chroniques publiés régulièrement. Cette étape de son parcours, qui correspond à un élan spontané depuis l'enfance pour la lecture et l'écriture, s'enrichit en 1980 par un engagement politique auprès d'un homme d'Etat tunisien d'exception, Monsieur Mohamed Mzali qui portait alors un projet humaniste de démocratie et de progrès pour son pays. Il assure auprès de lui les fonctions de chargé de mission, d'abord au ministère de l'Education Nationale puis au premier Ministère pendant six années. Cet engagement à la fois lucide et enthousiasmé fut une expérience inédite qui lui permit de vivre durant cette période les efforts entrepris pour établir la démocratie (pluripartisme, liberté de la presse') et entamer les réformes nécessaires. Mais aussi d'observer une classe politique cynique et corrompue, traversée par les querelles marginales aux dépends de l'évolution de tout un pays et du bien être d'un peuple pacifique. Malgré l'épilogue de cette « traversée du Styx », aux côtés d'une figure marquante, il n'a jamais renié ses engagements pour les libertés. Les enseignements de cette expérience, avec ses revers mais aussi les espoirs qu'elle avait éveillés, l'avaient édifié sur la stérilité du combat politique dans des systèmes biaisés. Cependant, même si le « microcosme politique » n'a plus de sens pour lui, il n'a pas tourné le dos à une certaine éthique ni renoncer à agir. Il choisit de se retirer de cet univers détestable d'anthropophagie politicienne en regagnant l'administration comme cadre supérieur pendant dix-sept ans au cours desquels il a occupé des postes de direction. Il a exercé simultanément plusieurs activités : Conseiller Municipal élu de sa ville (1984 ' 1988), Secrétaire Général National élu ' Jeune Chambre de Tunisie (1988), Sénateur de la Jeune Chambre Internationale (Jaycees International), comme il a assuré une consultance en marketing et a enseigné le commerce international appliqué à la Faculté de Management & de Commerce International, à l'Université de Tunis III / Institut Supérieur de Gestion de Tunis. Il collabore aussi pour le compte de la Commission Européenne en tant qu'External expert pour l'évaluation des projets (EUMEDIS) dans deux domaines : commerce électronique et e-training. C'est en 2003 qu'il est contacté par le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) pour une consultance au Koweït (un an), puis accepte une proposition de la Public Authority For Industry de ce pays comme conseiller depuis 2004 à ce jour. Sa passion pour la lecture et l'écriture ne s'est pas émoussée avec le temps, elle s'est affirmée d'abord à travers des traductions de l'arabe au français du livre « Les Courants Littéraires dans la Tunisie Contemporaine » (ATLAS Editions ' Février 1998), puis du roman « Aïcha » (Editions Bénévent- Juillet 2008), avant d'écrire son premier essai « Libertés fondamentales et modes de corruption des systèmes » aux Editions Thélès (2010).

Voir aussi

Ibrahim SOUSS – Directeur du Bureau d’information et liaison de l’O.L .P à Paris

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