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Ibrahim SOUSS – Directeur du Bureau d’information et liaison de l’O.L .P à Paris

Entretien publié le 14 octobre 1978

 

Ibrahim SOUSS est né à Al Qods. Il est diplômé de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris en 1971. Directeur du Bureau d’information et liaison de l’O.L .P à Paris, depuis l’assassinat d’Ezzedine KALAK et chef de la Mission de L’OLP auprès de l’Unesco.

En hommage à Ezzedine KALAK et à Adnane Hamad, l’O.L.P a organisé une rencontre au cercle Interallié à Paris jeudi 28 septembre 1978. De nombreux diplomates y ont assisté, ainsi que MM. Lucien Bitterlin (président de l’Association de Solidarité Franco-arabe et Eurabia), Albert –Paul Lentin (Collectif National pour la Palestine), Georges Montaron (secrétaire Général de la Conférence Mondiale des Chrétiens pour la Palestine), Louis Terrnoire (ancien ministre et président d’honneur de L’ASFA) et le professeur Michel Larivière (président de l’Association Médicale Franco-palestinienne). Tous ont relevé l’analogie qui existe entre le combat de la résistance française au temps de l’occupation nazie et la lutte actuelle de la résistance palestinienne contre l’occupation sioniste.

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– Plusieurs explications, parfois contradictoires, ont été données lors de l’assassinat d’Ezzedine KALAK, le 3 août dernier. Pourriez-vous préciser les motifs de cet assassinat et nous dire qui selon vous tire des avantages de tels actes ?

Les circonstances de l’assassinat de Ezzedine KALAK sont tout à fait claires il ne me semble pas qu’il y ait eu de notre part des explications contradictoires. Cet acte odieux ne peut bénéficier qu’à Israël et je me permets de vous rappeler qu’au mois d’avril dernier la Knesset avait voté à l’unanimité (sauf une voix) un projet qui vise à frapper la résistance palestinienne. L’opération déclenchée au Sud-Liban, qui a été d’ailleurs un échec pour les Israéliens, fait partie de ce plan d’ensemble ainsi que les attentats contre les représentants de l’O.L.P à l’extérieur, or Ezzedine KALAK était l’un de nos meilleurs représentants surtout à Paris : capitale européenne importante et carrefour à l’échelle mondiale. Les hommes de mains, qui ont commis ce crime sont deux palestiniens à la solde d’Abu Nidhal qui réside en Irak. Mais il n’est pas exclu que les services israéliens du Mossad aient planifié et téléguidé toute l’opération.Attentat Au Siege De La Ligue Arabe 03081978 M Ezzedine Kalak Abbatu De 16 Coups De Feu

-Y a-t-il un espoir pour que cessent ces « liquidations physiques » au sein de la résistance palestinienne ?

Il n’a y pas de liquidation physique au sein de la résistance. Abu Nidhal ne fait pas partie de la résistance il s’est exclu du Fath depuis quelques années il a été condamné à mort en novembre 1974 par les organes compétents de l’O.L.P. Son sort sera celui de tous ceux qui trahissent la cause palestinienne.

Il a été souvent question de préserver l’unité de la résistance palestinienne. De nombreuses initiatives ont été prises dans ce but. Soit au niveau palestinien, soit dans un cadre plus large comme le Congrès du Peuple Arabe tenu en novembre 1977 à Tripoli.

Pourtant, la résistance semble encore divisée. N’est il pas urgent à l’heure actuelle d’œuvrer plus concrètement pour une unité effective ?

– Je m’élève contre le terme diviser, la résistance palestinienne n’est pas divisée. Il peut y avoir des divergences de vues. Mais, quoi de plus normal dans une organisation démocratique telle que l’O.L.P. Fath est l’épine dorsale de l’O.L.P qui regroupe les principaux mouvements palestiniens. Tous les mouvements sont représentés au Conseil National Palestinien et au conseil Exécutif. S’il y a un débat démocratique au sein des instances palestiniennes, il y a des divisions, d’autre part pour régler nos différends, nous n’avons jamais usé de « liquidation physique » au sein de la résistance. Ce genre de procédés ne peut être que l’œuvre de forces extérieures hostiles à la cause palestinienne. Nous préférons le débat démocratique ou chaque tendance des mouvements peut s’exprimer librement, parfois de façon houleuse, mais sans violence bien sûr, des efforts sont déployés constamment pour rapprocher les points de vue, raffermir notre unité et la rendre plus solide et plus efficace.

– N’y a-t-il pas la moindre brèche dans ces accords que l’O.L.P puisse exploiter pour la mise en place d’un embryon d’Etat Palestinien, une situation intérimaire en quelque sorte ?

– Il n’y a de brèche nulle part. Et puis L’O.L.P ne mendie pas. Notre organisation lutte pour les droits de notre peuple. Nous ne voulons pas des miettes, car nous ne sommes pas celui qui a capitulé pour une poignée de sable. Nous avons lutté pendant trente ans, nous sommes prêts et plus que jamais, à continuer la lutte. Même les Palestiniens visés par les « accords » préfèreront la situation actuelle, c’est à dire l’occupation militaire à une colonisation plus permanente avant 1967, les Palestiniens étaient sous le régime du Roi Hussein, ils avaient bien plus de droits que ce que veulent bien leur accorder les droits de Camp David. Pourquoi accepteraient-ils une soi-disant solution intérimaire qui ne leur offre même pas ce qu’ils avaient dans le passé. Les Palestiniens de Cisjordanie et de Gaza n’accepteront jamais de tomber dans le piège du Triumvirat de camp David. C’est une question de dignité nationale et d’amour pour notre terre.

– Il semble que l’attitude des deux Etats arabes, Jordanie et Arabie Saoudite, soit déterminante même s’ils n’ont pas participé aux négociations ?

– Je ne pense pas que le Roi Hussein accepte le rôle que veulent lui faire jouer les auteurs de ces fameux accords. Non seulement, ils ne lui proposent rien qui puisse le satisfaire mais en plus ils veulent le charger des basses œuvres alors qu’Israël ne se compromet pas. C’est un cadeau empoisonné qui lui est offert, il a déjà essayé de gouverner la Cisjordanie avant 1967 sans qu’il y ait des soldats israéliens, et il avait des difficultés à le faire parce que les Palestiniens lui sont hostiles de même qu’en Jordanie, 60% de la population est palestinienne. Les massacres de septembre 70 ne s’oublient pas aussi facilement. Logiquement le Roi Hussein n’acceptera pas, car il ne gagne rien à être le complice des Israéliens. Dans cette hypothèse, l’un des deux accords-cadres ne sera pas appliqué, pour le second accord, il s’agit bel et bien d’une paix séparée entre l’Egypte et Israël -et encore- car elle reste conditionnée par les interprétations que Begin ne tardera pas à en faire. Quant à l’Arabie Saoudite, il paraît que la question de Jérusalem fera l’objet d’un échange de lettres entre les parties. Mais aucun Arabe qu’il soit chrétien ou musulman n’acceptera que Jérusalem soit la capitale de l’Etat sioniste. Nous ferons valoir nos droits dans cette ville et ailleurs. Ce n’est pas un quelconque mystique et raciste comme Begin qui nous dissuadera de défendre nos droits. 

– Comment voyez-vous l’avenir de la situation au Liban ?

– Malheureusement, le Liban constitue un terrain d’essai, une soupape pour les manœuvres de toutes sortes dans la région. C’est Israël qui a créé cette situation et n’a pas cessé de l’exploiter. Le Liban est un pays ou la résistance est réduite à rester. Même si Israël continue de nous frapper directement ou par l’intermédiaire des phalangistes. Tant qu’il n’y aura pas un Etat palestinien indépendant et souverain, le Liban risque de demeurer ainsi car, pour l’.O.L.P il n’est pas question d’abandonner sa lutte contre Israël. Mais le Liban n’est pour nos ennemis qu’un prétexte pour essayer de nous détourner des questions essentielles. 

– Est ce qu’une reprise de la conférence de Genève comme l’avait demandée L’URSS est dans le contexte actuel possible et souhaitable ?

– L’Union Soviétique est un de nos alliés les plus sûrs. Elle nous soutient dans tous les domaines. Cependant il est prématuré de parler de la conférence de Genève. A l’.O.L.P notre position est claire à ce sujet. Nous ne participerons à aucune conférence internationale qui ne réponde pas à trois conditions :

– Reconnaissance de notre droit à l’auto-détermination,

– Reconnaissance de notre droit d’établir un Etat souverain et indépendant,

– Présence de l’O.L.P aux négociations et puis, une conférence de Genève à l’heure actuelle entre qui et qui ?

– Y a-t-il eu des tentatives de fait pour que les Etats-Unis d’Amérique reconnaissent l’O.L.P ?

– Nous serons prêts à dialoguer avec les Américains, le jour où ils reconnaîtront l’O.L.P seul représentant du peuple palestinien. Sans cela il est inutile de parler de contact avec eux. Je tiens à signaler que nous n’avons rien contre les Américains. C’est à eux de faire les premiers pas. 

– Quelles sont les mesures prises par L’O.L.P et les Etats Arabes pour contrer la propagande sioniste en France et en Europe ?

– Il est difficile de parler de coordination entre l’O.L.P et les Etats Arabe. En tout cas, c’est le strict minimum. Nous souhaitons que les autres missions diplomatiques arabes nous aident et nous souhaitons la mise en œuvre d’une politique d’information entre toutes les missions diplomatiques arabes en France. Un projet sera soumis prochainement pour la constitution d’un pool d’information pour toutes les missions diplomatiques arabes, avec un fonds arabe pour financer les compagnes d’information. J’espère que ce projet sera adopté par les ambassadeurs arabes.

– Comment voyez-vous l’avenir ?

– Il est très difficile de parler maintenant en termes avenir. Mais je crois qu’il y a un avantage dans les accords de Camp David : la situation est plus claire. D’un côté il y a cette nouvelle alliance américo-israélo-égyptienne, de l’autre tous les Etats arabes qui refusent quelques soit leurs raisons d’ailleurs de se soumettre à cette paix israélo-américaine il faut de nouveau que le front arabe s’unisse car il faut se battre. Et je reste malgré tout optimiste !

About Ribens

Diplômé de l'Institut d'Etudes Politiques de Paris (Section : Relations internationales - juin 1978), se destinait à une carrière dans la diplomatie après un stage à l'Ambassade de Tunisie à Paris. Les circonstances 'hasards et nécessités- décidèrent d'un itinéraire professionnel différent. Parallèlement à de ses études à Sciences Po-Paris et à Paris II en sciences de l'information et de la communication, il entame en 1974 une exaltante aventure de correspondant à Paris ' chroniqueur (quotidiens & hebdomadaires tunisiens) qu'il poursuit pendant six ans. Ce qui lui permit d'approcher plusieurs personnalités politiques françaises et étrangères ainsi que des écrivains pour des entretiens (notamment Pierre Mendès-France, Michel Rocard, Michel Jobert, Hélène Carrère d'Encausse, Arthur Conte'), outre les articles et chroniques publiés régulièrement. Cette étape de son parcours, qui correspond à un élan spontané depuis l'enfance pour la lecture et l'écriture, s'enrichit en 1980 par un engagement politique auprès d'un homme d'Etat tunisien d'exception, Monsieur Mohamed Mzali qui portait alors un projet humaniste de démocratie et de progrès pour son pays. Il assure auprès de lui les fonctions de chargé de mission, d'abord au ministère de l'Education Nationale puis au premier Ministère pendant six années. Cet engagement à la fois lucide et enthousiasmé fut une expérience inédite qui lui permit de vivre durant cette période les efforts entrepris pour établir la démocratie (pluripartisme, liberté de la presse') et entamer les réformes nécessaires. Mais aussi d'observer une classe politique cynique et corrompue, traversée par les querelles marginales aux dépends de l'évolution de tout un pays et du bien être d'un peuple pacifique. Malgré l'épilogue de cette « traversée du Styx », aux côtés d'une figure marquante, il n'a jamais renié ses engagements pour les libertés. Les enseignements de cette expérience, avec ses revers mais aussi les espoirs qu'elle avait éveillés, l'avaient édifié sur la stérilité du combat politique dans des systèmes biaisés. Cependant, même si le « microcosme politique » n'a plus de sens pour lui, il n'a pas tourné le dos à une certaine éthique ni renoncer à agir. Il choisit de se retirer de cet univers détestable d'anthropophagie politicienne en regagnant l'administration comme cadre supérieur pendant dix-sept ans au cours desquels il a occupé des postes de direction. Il a exercé simultanément plusieurs activités : Conseiller Municipal élu de sa ville (1984 ' 1988), Secrétaire Général National élu ' Jeune Chambre de Tunisie (1988), Sénateur de la Jeune Chambre Internationale (Jaycees International), comme il a assuré une consultance en marketing et a enseigné le commerce international appliqué à la Faculté de Management & de Commerce International, à l'Université de Tunis III / Institut Supérieur de Gestion de Tunis. Il collabore aussi pour le compte de la Commission Européenne en tant qu'External expert pour l'évaluation des projets (EUMEDIS) dans deux domaines : commerce électronique et e-training. C'est en 2003 qu'il est contacté par le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) pour une consultance au Koweït (un an), puis accepte une proposition de la Public Authority For Industry de ce pays comme conseiller depuis 2004 à ce jour. Sa passion pour la lecture et l'écriture ne s'est pas émoussée avec le temps, elle s'est affirmée d'abord à travers des traductions de l'arabe au français du livre « Les Courants Littéraires dans la Tunisie Contemporaine » (ATLAS Editions ' Février 1998), puis du roman « Aïcha » (Editions Bénévent- Juillet 2008), avant d'écrire son premier essai « Libertés fondamentales et modes de corruption des systèmes » aux Editions Thélès (2010).

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