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Quand les essais ratés s’enchaînent…

Pendant quelques heures, beaucoup de Tunisiens avaient cru que le premier chef du Gouvernement de la 2ème République allait sortir par la grande porte et marquer son départ par une prestation historique en ce 30 juillet 2016.

On lui trouvait toutes les excuses pour justifier les défaillances de «son» gouvernement au cours de ces dix-huit mois, pourvu qu’il ose prendre rendez-vous avec l’Histoire et avec ses concitoyens. Cela a été peut- être un espoir tellement ténu et insolite auquel on souhaitait se cramponner pour croire encore que nous allons avoir un peu d’air frais en plein sirocco, grâce à ce personnage qui semblait côtoyer la probité, contrairement à beaucoup de politiciens du terroir ! Autant on salue son intégrité, autant on ne peut que regretter son ultime dérobade. On s’attendait à ce qu’il rende un dernier service à son pays en étant plus expansif et surtout plus direct et parlant vrai. Finalement, il n’a pas été à la hauteur des attentes et a raté sa sortie pour plusieurs raisons.

Il aurait gagné en clarté avec une prestation écrite plutôt qu’improvisée même avec des notes sur ses fiches, ce qui lui aurait évité les hésitations, pour exposer son bilan avec quelques chiffres convaincants et des faits sur les obstacles rencontrés. Il ne l’a pas fait, débitant un discours rebattu, sans identifier ni désigner à l’opinion les responsables des revers enregistrés. Son couplet populiste, sur le problème des phosphates cache mal son échec patent dans la remise en marche de la production. Son gouvernement a été incapable de parvenir à sauver un secteur stratégique et essentiel pour une économie tunisienne en crise.

Il est resté évasif, émettant des allusions confuses, alors qu’il dispose des dossiers et des preuves sur les gros bonnets intouchables de tous les trafics avec la compromission de politicards déviants. Faut-il, par mesure de précaution, essayer de calmer les esprits en prétendant que nous ne sommes pas encore totalement au fond du gouffre ? Faut-il par prudence ne pas se plaindre ou prononcer un quelconque mot qui dérange, pour ne pas risquer de se faire bousculer ? Doit-il adopter le principe d’un mutisme de crainte ? Se contenter de fermer les yeux devant les passe-droits quotidiens de certains, serait-elle la condition pour partir la conscience tranquille ? Cet homme voudrait sans doute rentrer dans les rangs et regagner une vie paisible sans encourir le moindre risque. C’est son choix certes, mais il a déçu.

Lorsqu’il s’était rebiffé et avait décidé de passer devant l’Assemblée pour demander la confiance, on s’est dit peut-être c’est un déclic, l’homme se révèlerait à lui-même pour un destin national. Nous avons fini par comprendre à travers sa prestation qu’il n’a rien d’un foudre de guerre ! Sun Tzu disait:  » Si tu ne comprends rien à rien, tu n’es pas un foudre de guerre, si tu as envie de comprendre tu peux en devenir un ».

Ensuite, comme s’il se sentait coupable d’avoir choisi le passage devant l’ARP conformément à la Constitution, il n’a pas arrêté de flatter le Président de la République et de répéter que leur couple nage dans le bonheur, contrairement aux  mauvaises langues ! Il a formellement poussé une petite complainte du bout des lèvres sur la fameuse avanie appelée «initiative pour un gouvernement d’union nationale», pour formuler timidement son amertume. Cette ferveur dans l’allégeance réitérée à l’égard de quelqu’un qui l’avait sacrifié sans hésitation, puis avait lâché sa meute pour le déstabiliser et l’amener à démissionner, précipitant ainsi son départ, ne cesse de surprendre. Alors qu’il aurait dû se démarquer et dévoiler les dessous des cartes pour donner plus de visibilité sur la situation du pays.

Maintenant, le nouveau chef de Gouvernement sera certainement un exécutant fidèle et ne portera pas ombrage au Président de la République. Ce dernier se place en première ligne comme il l’a voulu. Il aura les coudées franches et ne pourra désormais s’en prendre qu’à lui-même s’il subit le feu des critiques. Giuseppe Tomasi di Lampedusa disait dans Le Guépard : «Nous fûmes les Guépards, les Lions ceux qui nous remplaceront seront les chacals et des hyènes… Et tous, guépards, chacals et moutons, nous continuerons à nous considérer comme le sel de la Terre» !

About Ribens

Diplômé de l'Institut d'Etudes Politiques de Paris (Section : Relations internationales - juin 1978), se destinait à une carrière dans la diplomatie après un stage à l'Ambassade de Tunisie à Paris. Les circonstances 'hasards et nécessités- décidèrent d'un itinéraire professionnel différent. Parallèlement à de ses études à Sciences Po-Paris et à Paris II en sciences de l'information et de la communication, il entame en 1974 une exaltante aventure de correspondant à Paris ' chroniqueur (quotidiens & hebdomadaires tunisiens) qu'il poursuit pendant six ans. Ce qui lui permit d'approcher plusieurs personnalités politiques françaises et étrangères ainsi que des écrivains pour des entretiens (notamment Pierre Mendès-France, Michel Rocard, Michel Jobert, Hélène Carrère d'Encausse, Arthur Conte'), outre les articles et chroniques publiés régulièrement. Cette étape de son parcours, qui correspond à un élan spontané depuis l'enfance pour la lecture et l'écriture, s'enrichit en 1980 par un engagement politique auprès d'un homme d'Etat tunisien d'exception, Monsieur Mohamed Mzali qui portait alors un projet humaniste de démocratie et de progrès pour son pays. Il assure auprès de lui les fonctions de chargé de mission, d'abord au ministère de l'Education Nationale puis au premier Ministère pendant six années. Cet engagement à la fois lucide et enthousiasmé fut une expérience inédite qui lui permit de vivre durant cette période les efforts entrepris pour établir la démocratie (pluripartisme, liberté de la presse') et entamer les réformes nécessaires. Mais aussi d'observer une classe politique cynique et corrompue, traversée par les querelles marginales aux dépends de l'évolution de tout un pays et du bien être d'un peuple pacifique. Malgré l'épilogue de cette « traversée du Styx », aux côtés d'une figure marquante, il n'a jamais renié ses engagements pour les libertés. Les enseignements de cette expérience, avec ses revers mais aussi les espoirs qu'elle avait éveillés, l'avaient édifié sur la stérilité du combat politique dans des systèmes biaisés. Cependant, même si le « microcosme politique » n'a plus de sens pour lui, il n'a pas tourné le dos à une certaine éthique ni renoncer à agir. Il choisit de se retirer de cet univers détestable d'anthropophagie politicienne en regagnant l'administration comme cadre supérieur pendant dix-sept ans au cours desquels il a occupé des postes de direction. Il a exercé simultanément plusieurs activités : Conseiller Municipal élu de sa ville (1984 ' 1988), Secrétaire Général National élu ' Jeune Chambre de Tunisie (1988), Sénateur de la Jeune Chambre Internationale (Jaycees International), comme il a assuré une consultance en marketing et a enseigné le commerce international appliqué à la Faculté de Management & de Commerce International, à l'Université de Tunis III / Institut Supérieur de Gestion de Tunis. Il collabore aussi pour le compte de la Commission Européenne en tant qu'External expert pour l'évaluation des projets (EUMEDIS) dans deux domaines : commerce électronique et e-training. C'est en 2003 qu'il est contacté par le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) pour une consultance au Koweït (un an), puis accepte une proposition de la Public Authority For Industry de ce pays comme conseiller depuis 2004 à ce jour. Sa passion pour la lecture et l'écriture ne s'est pas émoussée avec le temps, elle s'est affirmée d'abord à travers des traductions de l'arabe au français du livre « Les Courants Littéraires dans la Tunisie Contemporaine » (ATLAS Editions ' Février 1998), puis du roman « Aïcha » (Editions Bénévent- Juillet 2008), avant d'écrire son premier essai « Libertés fondamentales et modes de corruption des systèmes » aux Editions Thélès (2010).

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