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Le Centre Carter dépasse les bornes

Les prétentions de certaines Organisations Non Gouvernementales (ONG), qui interviennent sur des sujets politiques d’ordre strictement intérieur à un pays, laissent perplexe en raison du stupéfiant degré que revêt leur condescendance! En plus de se convaincre elles-mêmes de cette cynique suffisance, elles ne ménagent aucun effort pour tenter de nous en convaincre. On se rappelle ce que l’ancien secrétaire d’État américain, Colin Powell avait déclaré : « Nous avons les meilleures relations avec les ONG, qui sont un tel multiplicateur de forces pour nous, une part si importante de notre équipe de combat ». Il n’y a pas plus juste que cet aveu!

Au 19ème siècle, on envoyait les missionnaires pour « civiliser les sauvages et leur apporter lumière et civilisation », aujourd’hui on «s’ingère humainement » pour leur offrir démocratie, liberté et développement. Faut-il omettre de rappeler que des crimes ignobles ont été commis pour « élever » des « sauvages » au rang d’êtres civilisés? L’enfer est pavé de bonnes intentions! Il est donc temps de soulever une question fondamentale à laquelle bien des organisations dites de la « société civile » sont confrontées aujourd’hui dans leur rapport avec l’extérieur. Peut-on agir pour de nobles causes en acceptant les subventions d’organisations liées par leur financement à des gouvernement étrangers, sans aliéner leur liberté et desservir leur pays, quelle que soit par ailleurs la sincérité de leurs militants? Nos activistes doivent se méfier de toutes ces officines qui donnent aux puissances une légitimité pour les coopter, les commander et les instrumentaliser afin d’atteindre d’inavouables objectifs dans notre pays. Comment prévenir que des activistes sincères ne deviennent l’instrument d’une force extérieure dont ils servent les intérêts même sans en être conscients ou complices?

L’appellation ONG ne serait pas appropriée dans ces cas, ce sont plutôt des OSAG (Organisation au service d’un autre gouvernement). Car elles sont essentiellement financées par des gouvernements, mais aussi de très gros intérêts corporatifs. On trouve, par exemple, parmi les grands soutiens financiers d’Oxfam, des firmes comme Coca-cola, IBM ou les fondations Melinda et Bill Gates, Rockefeller, Ford qui est un paravent philanthropique de la CIA… et l’Open Society Institute (OSI) du célèbre Georges Soros qui a comme leitmotiv « la démocratie et les droits de l’Homme ». La rhétorique sur la démocratie et les droits humains sert souvent de faux nez, dissimulant les menées de divers intérêts étrangers. Transparency International, dont dépend le Forum civil, est une émanation du Centre pour l’entreprise privée internationale (CIPE), un des quatre principaux instituts de la NED (National Endowment for Democracy), une « ONG » américaine totalement subventionnée par le Congrès américain et servant de vitrine aux activités de la CIA… En apportant leur concours financier à différentes associations de la société civile, certaines ONG mènent de facto des actions d’ingérence dans la vie socio-politique et économique des pays dans lesquels elles opèrent en vue d’orienter les décisions en fonction de leurs intérêts. Le modus operandi est bien connu et la politique de la canonnière est remise au goût du jour à travers ces activités sournoisement généreuses et altruistes.

Le dernier communiqué de presse du Centre Carter sur la législation électorale et l’organisation des élections municipales et régionales en Tunisie est un modèle du genre. Passons sur les exhortations « à agir rapidement pour adopter des amendements clés du projet de loi électorale pour que les élections municipales et régionales puissent être organisées le plus tôt possible ». Le Centre pousse le bouchon encore plus loin puisqu’il se permet d’« encourager l’ARP à inclure des réformes pour résoudre d’autres questions clés, notamment l’octroi du droit de vote à plus de 100.000 citoyens appartenant à l’armée et aux forces de sécurité intérieures ». De quel droit ce Centre se permet-il d’interférer dans un débat national sur un sujet aussi sensible? A quel titre ce Centre s’adresse-t-il à l’ARP?

Autres temps autres mœurs, on a oublié totalement que le principe de la non-ingérence est inscrit au nombre des principes du droit international. Désormais, c’est le « droit d’ingérence » qui règne, une mystification pour imposer des solutions étroitement liées aux intérêts de ceux qui s’en réclament et pour dissimuler des projets néfastes pour les pays cibles. On aimerait surtout comprendre la timidité équivoque ou l’atonie blâmable des pouvoirs publics, de l’ARP et des organisations de la société civile (à l’exception de l’Organisation 23-10 pour l’appui de la transition démocratique qui a publié un communiqué ferme) face à des prises de position de ce genre qui portent atteinte à notre souveraineté. Il n’est pas admissible de faire abstraction de ce manquement, sans adresser un sévère avertissement aux responsables de cette organisation afin qu’ils veillent dorénavant au respect des institutions tunisiennes et qu’ils ne dépassent pas le strict domaine de leurs activités agréées par l’Etat tunisien.

Quant au projet de la loi organique n°14/2014 relative aux élections et référendums, et la proposition en débat d’accorder aux agents des corps armés le droit de vote, c’est une stricte affaire intérieure. Certains groupes parlementaires défendent cette proposition, chacun pour des desseins particuliers, qui pourraient être inconséquents et aventureux. Il suffit de rappeler les articles 18-19 de la Constitution qui stipulent que les Forces Armées et  les Forces de Sécurité Intérieure doivent accomplir leurs missions respectives dans la « neutralité totale ».

La distance avec le politique avait préservé l’Armée Nationale et les Forces de Sécurité des éclaboussures provoquées par les péripéties partisanes. Le credo qui doit prévaloir est de maintenir ces corps armés en  dehors de l’activisme électoral des partis politiques. Dans le cas  contraire, ce serait faire entrer dans les casernes les ferments corrosifs de division, des clivages et d’électoralisme. L’on ne peut donc que redouter que  déborde sur l’ensemble des corps armés, tenus à la neutralité par  suite de leur statut et de leur mission, un climat prévalant dans un champ politique national, traversé par tant de divisions, de surenchères  et de populisme. C’est dire que cette proposition se heurte à une objection de principe. Notre Armée Nationale et nos Forces de Sécurité doivent continuer à être  immunisées, du fait de leur engagement contre les interférences politiciennes et les menées partisanes qui sont l’expression d’un pluralisme tellement débridé.

About Ribens

Diplômé de l'Institut d'Etudes Politiques de Paris (Section : Relations internationales - juin 1978), se destinait à une carrière dans la diplomatie après un stage à l'Ambassade de Tunisie à Paris. Les circonstances 'hasards et nécessités- décidèrent d'un itinéraire professionnel différent. Parallèlement à de ses études à Sciences Po-Paris et à Paris II en sciences de l'information et de la communication, il entame en 1974 une exaltante aventure de correspondant à Paris ' chroniqueur (quotidiens & hebdomadaires tunisiens) qu'il poursuit pendant six ans. Ce qui lui permit d'approcher plusieurs personnalités politiques françaises et étrangères ainsi que des écrivains pour des entretiens (notamment Pierre Mendès-France, Michel Rocard, Michel Jobert, Hélène Carrère d'Encausse, Arthur Conte'), outre les articles et chroniques publiés régulièrement. Cette étape de son parcours, qui correspond à un élan spontané depuis l'enfance pour la lecture et l'écriture, s'enrichit en 1980 par un engagement politique auprès d'un homme d'Etat tunisien d'exception, Monsieur Mohamed Mzali qui portait alors un projet humaniste de démocratie et de progrès pour son pays. Il assure auprès de lui les fonctions de chargé de mission, d'abord au ministère de l'Education Nationale puis au premier Ministère pendant six années. Cet engagement à la fois lucide et enthousiasmé fut une expérience inédite qui lui permit de vivre durant cette période les efforts entrepris pour établir la démocratie (pluripartisme, liberté de la presse') et entamer les réformes nécessaires. Mais aussi d'observer une classe politique cynique et corrompue, traversée par les querelles marginales aux dépends de l'évolution de tout un pays et du bien être d'un peuple pacifique. Malgré l'épilogue de cette « traversée du Styx », aux côtés d'une figure marquante, il n'a jamais renié ses engagements pour les libertés. Les enseignements de cette expérience, avec ses revers mais aussi les espoirs qu'elle avait éveillés, l'avaient édifié sur la stérilité du combat politique dans des systèmes biaisés. Cependant, même si le « microcosme politique » n'a plus de sens pour lui, il n'a pas tourné le dos à une certaine éthique ni renoncer à agir. Il choisit de se retirer de cet univers détestable d'anthropophagie politicienne en regagnant l'administration comme cadre supérieur pendant dix-sept ans au cours desquels il a occupé des postes de direction. Il a exercé simultanément plusieurs activités : Conseiller Municipal élu de sa ville (1984 ' 1988), Secrétaire Général National élu ' Jeune Chambre de Tunisie (1988), Sénateur de la Jeune Chambre Internationale (Jaycees International), comme il a assuré une consultance en marketing et a enseigné le commerce international appliqué à la Faculté de Management & de Commerce International, à l'Université de Tunis III / Institut Supérieur de Gestion de Tunis. Il collabore aussi pour le compte de la Commission Européenne en tant qu'External expert pour l'évaluation des projets (EUMEDIS) dans deux domaines : commerce électronique et e-training. C'est en 2003 qu'il est contacté par le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) pour une consultance au Koweït (un an), puis accepte une proposition de la Public Authority For Industry de ce pays comme conseiller depuis 2004 à ce jour. Sa passion pour la lecture et l'écriture ne s'est pas émoussée avec le temps, elle s'est affirmée d'abord à travers des traductions de l'arabe au français du livre « Les Courants Littéraires dans la Tunisie Contemporaine » (ATLAS Editions ' Février 1998), puis du roman « Aïcha » (Editions Bénévent- Juillet 2008), avant d'écrire son premier essai « Libertés fondamentales et modes de corruption des systèmes » aux Editions Thélès (2010).

Voir aussi

« Il faut être rameur avant de tenir le gouvernail »

« Tout pouvoir, de quelque nature qu’il soit en quelques mains qu’il ait été remis, …