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« Il faut être rameur avant de tenir le gouvernail »

« Tout pouvoir, de quelque nature qu’il soit en quelques mains qu’il ait été remis, de quelque manière qu’il ait été conféré, est naturellement ennemi des lumières… Plus les hommes sont éclairés, moins ceux qui ont l’autorité pourront en abuser ». Nicolas Condorcet

Après un temps si long de pantomimes en apartés et de contorsions politiciennes, voici venu le temps de l’urgence de l’action. Allons plus directement à l’essentiel, passons du spectacle et des effets de manches, destinées à épater une assemblée en majorité acquise, par des généralités et des gestes emphatiques, vers ce qui importe si urgemment. Pour cela, il est primordial de maintenir le débat public et politique à un niveau digne des enjeux réels, en déplaçant le curseur de la périphérie et des futilités dans lesquelles voudraient nous entraîner certains, vers les questions de fond.

D’emblée, on ne peut s’empêcher de ressentir une impression de déjà vu et entendu! Un diagnostic lapidaire et sans profondeur a été exprimé par le chef du gouvernement. Tout un chacun s’attendait à ce qu’il dresse un véritable état des lieux, pointant les responsabilités dans les gestions calamiteuses au cours de ces cinq dernières années, pour annoncer une réelle rupture avec les dissimulations et les cachotteries sur les forfaits des uns et des autres. Puis ce fut des déclarations de principes généraux en guise de programme d’action. « La critique est aisée et  l’art est difficile », diront les bien-pensants, laudateurs de service. Certes, mais la critique constructive peut enrichir le débat et entrevoir de nouvelles pistes. Et qu’on ne nous parle pas dudit « document » appelé pompeusement « de Carthage », un leurre destiné à compromettre une partie de la classe politique dans une opération de déboulonnage de l’ex chef du gouvernement.

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Faire preuve de rigueur, c’est éviter de refiler aux nouvelles générations le coût des services que nous utilisons aujourd’hui.Le défi réside dans la conciliation des impératifs d’assainissement budgétaire, des reformes structurelles crédibles et  dans la nécessité de stimuler la croissance.

 

Le nouveau chef du gouvernement est présumé soumettre aux Tunisiens un programme de redressement 2017-2019, appuyé sur un agenda des mesures et des réformes agencées par trimestre, corroborées par des grandeurs chiffrées. En indiquant que la dette de la Tunisie a grimpé à plus de 62.1 % du PIB, nous aimerions savoir comment son gouvernement agira pour freiner sa progression, puis sa stabilisation au cours des trois années à. venir, en dévoilant les mesures qui doivent être prises et en les étayant.

L’alternative de requérir auprès de nos créanciers la révision des conditions de remboursement de la dette publique devrait être envisagée sérieusement. Cela pourrait réduire les besoins de financement de la Tunisie pendant quelques années et lui donnerait plus de temps pour assainir ses finances publiques. Ce serait à travers un réaménagement ou une réorganisation de la dette à entreprendre avec les créanciers, entraînant une modification du profil du service de la dette en vue d’en atténuer la charge. Le procédé de la conversion des dettes en investissements écologiques pourrait concerner aussi la promotion des projets en faveur de l’environnement.

Il serait avantageux d’examiner soigneusement ces différentes formules, surtout que nous avons été bel et bien lâchés par nos partenaires. Nous n’avons pas oublié les promesses non tenues concernant ces fameux 25 milliards de dollars. Ni les Européens, ni les autres pays du G8 n’ont respecté leurs engagements lors du sommet de Deauville (26 et 27 mai 2011), lorsque la Tunisie avait présenté un programme économique sur 5 ans nécessitant des investissements de 125 milliards de dollars (MD), dont 25 milliards de dollars d’investissements extérieurs. Le chef de l’Etat actuel, qui était Premier ministre à cette époque était rentré au bercail gonflé à bloc, vainement ! Ils n’ont pas aussi tenu leur engagement solennel de restituer au peuple tunisien ses «avoirs volés», selon les termes mêmes du communiqué final du sommet de Deauville. Cette défection, notamment, nous autorise à changer notre fusil d’épaule et à mettre sur la table de négociation la question du remboursement de la dette publique. Il n’y a aucune honte à recourir à toutes les formules accessibles pour préserver son pays de l’effondre¬ment; d’autres l’ont fait avant nous. En juin 1994, l’Algérie avait obtenu du Club de Paris le rééchelonnement de la dette publique de son pays, qui avait atteint 16 milliards de dollars sur 26 au total. En 1993, le service de la dette avait atteint 9 milliards de dollars, soit 86% des recettes à l’exportation. L’étalement sur quinze ans du paiement de 5 milliards de dollars de dette avait permis de diminuer ce taux de moitié.
Quant au taux de croissance qui n’a pas dépassé 1.5 % depuis 2011, il est requis de déterminer les mesures appropriées pour la relancer et la stimuler en proposant des solutions innovantes et en s’engageant sur un palier à atteindre en 2019. Ce n’est pas la réplique de la doctrine ultralibérale qui sauvera notre économie. La thérapie de choc qui est brandie, menaçant surtout les plus démunis, serait l’erreur à ne pas commettre. Les pays du Sud-est et de l’Est asiatiques, qui ont expérimenté les performances de croissance les plus impressionnantes, n’ont pas pro¬cédé à une dérégulation et une libéralisation de leurs marchés et de leur système de financement ; ils se sont appuyés sur l’activité d’entreprises publiques plutôt que de chercher à privatiser pour combler les déficits. L’État doit continuer à jouer un rôle majeur dans la définition des «règles du jeu». Les approches modernes de la croissance, dites théories de la «croissance endogène» insistent sur le rôle des structures de l’économie et l’action de l’État qui sont propices au développement d’une croissance auto-entretenue, soutenue par les comportements des agents économiques qui accumulent du capital physique, de la technologie, du capital humain et du capital public.
Notre balance commerciale mérite que le gouvernement prenne des initiatives novatrices pour impulser un nouvel élan à nos exportations, en sortant des sentiers battus. Le train-train adopté par ce dispositif de promotion des exportations qui avait donné de réels résultats dans le passé, doit faire place à une machine plus offensive et performante. Le Centre de promotion des exportations doit se mettre en branle pour jouer son rôle pleinement et contribuer à rétablir les équilibres fondamentaux. Par ailleurs, il serait plus que nécessaire d’agir sur les impor-tations. Surtout celles de certains produits alimentaires dont la valeur a bien augmenté et a représenté 8,8% du total des importations au cours du premier semestre 2016, contre 9,6% pendant la même période de 2015. L’urgence est dans l’élaboration d’un plan d’action pour maitriser le niveau élevé de déficit commercial, particulièrement en réduisant les importations des biens de consommation qui ne sont pas de première nécessité. Le déficit de la balance alimentaire est de 368 MDT (contre +314 MDT) au cours du premier semestre de 2016. Des mesures de sauvegarde doivent être activées concernant des produits particuliers qui causent ou menacent de causer un dommage grave à une branche de production nationale à travers les mesures antidumping et les mesures compensatoires.
Le secteur informel et le marché parallèle représentent un écueil qu’il faut solutionner rapidement, la production des phosphates également, etc. En résumé, l’heure n’est plus au rafistolage, elle est à la décision, à la lucidité et au courage politique. Nous sommes arrivés à cette situation parce que nos gouvernants refusent de changer quoi que ce soit et laissent les événements décider pour nous. Certes, tout le monde s’accorde sur la nécessité de remettre de l’ordre dans les finances publiques, condition essentielle pour que le Tunisie redevienne un jour libre de ses choix. Tant que nous demeurerons emprisonnés dans le carcan budgétaire, nous ne pourrons être en mesure de fixer nos priorités, que ce soit en matière de santé, d’éducation ou autres. Faire preuve de rigueur, c’est éviter de refiler aux nouvelles générations le coût des services que nous utilisons aujourd’hui. Le défi réside dans la conciliation des impératifs d’assainissement budgétaire, des réformes structurelles crédibles et dans la nécessité de stimuler la croissance.
Ce gouvernement, dont la taille est excessivement pléthorique, est là où il est, pour accomplir une tâche ardue, on en convient. Il a la responsabilité pleine et entière, puisqu’il tient le gouvernail du navire. Aristophane disait : « Il faut être rameur avant de tenir le gouvernail, avoir gardé la proue et observé les vents avant de gouverner soi-même le navire ». Il endossera donc ses décisions, car on ne conçoit pas qu’il puisse pratiquer une gouvernance par procuration, contrairement au texte de la Constitution, pour satisfaire quelques eunuques du sérail. Il devra agir surtout pour prendre soin de la Tunisie et des Tunisiens, pour leur éviter les épreuves et les protéger des vautours locaux et allogènes qui rodent.

About Ribens

Diplômé de l'Institut d'Etudes Politiques de Paris (Section : Relations internationales - juin 1978), se destinait à une carrière dans la diplomatie après un stage à l'Ambassade de Tunisie à Paris. Les circonstances 'hasards et nécessités- décidèrent d'un itinéraire professionnel différent. Parallèlement à de ses études à Sciences Po-Paris et à Paris II en sciences de l'information et de la communication, il entame en 1974 une exaltante aventure de correspondant à Paris ' chroniqueur (quotidiens & hebdomadaires tunisiens) qu'il poursuit pendant six ans. Ce qui lui permit d'approcher plusieurs personnalités politiques françaises et étrangères ainsi que des écrivains pour des entretiens (notamment Pierre Mendès-France, Michel Rocard, Michel Jobert, Hélène Carrère d'Encausse, Arthur Conte'), outre les articles et chroniques publiés régulièrement. Cette étape de son parcours, qui correspond à un élan spontané depuis l'enfance pour la lecture et l'écriture, s'enrichit en 1980 par un engagement politique auprès d'un homme d'Etat tunisien d'exception, Monsieur Mohamed Mzali qui portait alors un projet humaniste de démocratie et de progrès pour son pays. Il assure auprès de lui les fonctions de chargé de mission, d'abord au ministère de l'Education Nationale puis au premier Ministère pendant six années. Cet engagement à la fois lucide et enthousiasmé fut une expérience inédite qui lui permit de vivre durant cette période les efforts entrepris pour établir la démocratie (pluripartisme, liberté de la presse') et entamer les réformes nécessaires. Mais aussi d'observer une classe politique cynique et corrompue, traversée par les querelles marginales aux dépends de l'évolution de tout un pays et du bien être d'un peuple pacifique. Malgré l'épilogue de cette « traversée du Styx », aux côtés d'une figure marquante, il n'a jamais renié ses engagements pour les libertés. Les enseignements de cette expérience, avec ses revers mais aussi les espoirs qu'elle avait éveillés, l'avaient édifié sur la stérilité du combat politique dans des systèmes biaisés. Cependant, même si le « microcosme politique » n'a plus de sens pour lui, il n'a pas tourné le dos à une certaine éthique ni renoncer à agir. Il choisit de se retirer de cet univers détestable d'anthropophagie politicienne en regagnant l'administration comme cadre supérieur pendant dix-sept ans au cours desquels il a occupé des postes de direction. Il a exercé simultanément plusieurs activités : Conseiller Municipal élu de sa ville (1984 ' 1988), Secrétaire Général National élu ' Jeune Chambre de Tunisie (1988), Sénateur de la Jeune Chambre Internationale (Jaycees International), comme il a assuré une consultance en marketing et a enseigné le commerce international appliqué à la Faculté de Management & de Commerce International, à l'Université de Tunis III / Institut Supérieur de Gestion de Tunis. Il collabore aussi pour le compte de la Commission Européenne en tant qu'External expert pour l'évaluation des projets (EUMEDIS) dans deux domaines : commerce électronique et e-training. C'est en 2003 qu'il est contacté par le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) pour une consultance au Koweït (un an), puis accepte une proposition de la Public Authority For Industry de ce pays comme conseiller depuis 2004 à ce jour. Sa passion pour la lecture et l'écriture ne s'est pas émoussée avec le temps, elle s'est affirmée d'abord à travers des traductions de l'arabe au français du livre « Les Courants Littéraires dans la Tunisie Contemporaine » (ATLAS Editions ' Février 1998), puis du roman « Aïcha » (Editions Bénévent- Juillet 2008), avant d'écrire son premier essai « Libertés fondamentales et modes de corruption des systèmes » aux Editions Thélès (2010).

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