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Quand la déraison du pouvoir politique phagocyte l’économique

C‘est à une relecture attentive des corrélations entre économie et politique en Tunisie que nous devrons nous livrer. Le pouvoir politique actuel entrave toute initiative pour envisager de construire un nouveau projet global, promoteur d’un véritable essor économique. A l’origine de toute vision économique nouvelle se trouve une impulsion gouvernementale éclairée, enrichie par les apports de la société civile et des différents courants politiques émancipés. En revanche, à la base de tout revers, se profile un pouvoir politique exerçant une gouvernance archaïque, qui s’acharne à fausser les données, handicapé par la réplique d’un système personnel de pouvoir qui parasite tout processus économique directement et indirectement. Somme toute, la déraison du pouvoir politique phagocyte l’économique dans notre pays.

L’idée principale qui a été martelée durant des années consiste à réitérer qu’il faut tout d’abord mettre en place les institutions de la nouvelle République. Quant à l’économie, elle était gérée « au petit bonheur la chance », sans aucun esprit d’innovation, ni de rénovation. Pis encore, ceux que les circonstances avaient placés aux commandes considéraient l’État et ses deniers comme une caverne d’Ali Baba où se servir et puiser les ressources. C’était la priorité des priorités, servant au patronage politique qui les maintiendrait au pouvoir et à l’enrichissement illicite. L’endettement public est devenu la solution miracle pour boucler les budgets successifs ! Après un supplice « troïkiste » de trois années, nous avons récolté une Constitution, parfait modèle d’une « hybridation » institutionnelle, avec des schèmes hétérogènes, parfois antagonistes, fragmentés, voire morcelés.

Les élections, législatives (octobre 2014) et présidentielle (octobre et décembre 2014) ont généré un paysage politique éclaté. La pléthore de candidats au scrutin présidentiel et la profusion de listes aux législatives participèrent à cet émiettement. Auparavant, en août 2013, Rached Ghannouchi et Béji Caïd Essebsi s’étaient rencontrés à Paris. Cette rencontre ressemble étrangement à celle de deux parrains chefs de clans, réunis dans la discrétion sur un terrain neutre pour se partager le territoire ! Trois ans après cette entrevue, les vents semblent commencer à virer. Le mystère demeure quant à cette nouvelle tournure ! Mais depuis, le chantier institutionnel est loin d’être achevé à ce jour, avec notamment une Cour constitutionnelle qui demeure dans les limbes…

La stabilité tant souhaitée pour s’atteler à réamorcer le fonctionnement de la machine économique tarde à venir, avec sept gouvernements successifs en cinq ans, un record jamais égalé dans l’histoire de la Tunisie. Cette instabilité politique a contribué à augmenter davantage l’incertitude et à influer négativement sur les principales décisions des agents économiques nationaux et internationaux, qui adoptent une attitude attentiste en reportant ou en annulant toute initiative. La dérobade des investisseurs locaux et la répulsion des entrepreneurs étrangers à prendre des risques démesurés les orientent vers des États plus sûrs. Cette situation engendre inévitablement une faible croissance économique et accroît encore la probabilité de l’instabilité. Même le nouveau modèle de développement

réclamé et annoncé n’a pas dépassé les vœux pieux. Il s’est développé, en parallèle, une multitude de sources informelles de pouvoir, des « zones d’incertitudes », avec l’accroissement de la contrebande, la propagation de la corruption, l’extension du secteur non-organisé,… Bref, un affaiblissement généralisé des pouvoirs de l’État. L’économie tunisienne patientera!

Dans l’intervalle, le chef de l’État se rend compte en se réveillant un matin que la nouvelle Constitution ne lui accorde pas suffisamment d’attributions. Alors, il entame une série de manœuvres tirées de sa « boite à malice », rangée dans les bahuts de l’ancienne époque, pour créer le fait accompli et prendre en main les rênes de l’exécutif. Il déborde d’astuces pour mettre à exécution des plans minutieux, des manœuvres complexes qui permettront de renforcer son emprise. Si nous considérons la scène d’un oeil froid, tout ce manège ne fait que compliquer encore la situation. Le parti dont il détient, semble-t-il, « la patente » est en implosion ininterrompue entre plusieurs franges opposées et des intérêts particuliers, voire personnels. Les retombées de ces manigances politiciennes, ourdies avec un cynisme insensé, sont néfastes pour toute tentative sérieuse de remédier aux maux de la situation économique et sociale. Comment sortir de ce système bloquant qui dessert l’économie tunisienne, sans que l’on sache vraiment le soubassement sur lequel s’amarre le pouvoir. Cette caste, qui se révèle enfin comme un pilier et un moteur du système lui-même, n’a aucun intérêt à ce que les lois risquant de sanctionner leurs amis soient appliquées, à ce que l’économie soit assainie, à ce que la Tunisie retrouve de bons repères. L’absence de couverture médiatique au sujet de ses errements est, déjà, révélatrice de son pouvoir grandissant. L’omerta est désormais de mise de plus en plus sur les manquements majeurs !

Ce lourd dysfonctionnement gangrène les rouages de l’économie, compromet toute véritable lutte contre la corruption, sauvegarde les activités criminelles des « barons » de la fraude et de la contrebande et enraye tout éventuel assainissement du secteur informel. Il n’y a aucune argumentation cohérente qui justifierait cet ajournement systématique de la conception d’un nouveau modèle de développement, qui pourrait contribuer à libérer réellement les initiatives et amorcerait un démarrage de la machine économique. Ce nouveau modèle de développement s’impose pour déterminer, dans le cadre d’une stratégie d’ensemble, les objectifs de développement qu’il convient d’atteindre et les moyens qui permettront d’y parvenir, et intégrer chacune des décisions relatives à cette stratégie dans son modèle. En effet, la clé du développement ne se trouve pas seulement dans la nature du système économique ou du régime politique adopté, mais aussi dans l’existence d’une stratégie du développement et dans la mesure et les conditions dans lesquelles elle peut être appliquée. Par ailleurs, en quoi une révision de la structure des importations serait ardue pour une maîtrise de ce déversement de produits superflus qui inondent les étals, dont l’intérêt et l’utilité se posent indéniablement et derrière lesquels se dissimule une catégorie douteuse de transfert de devises ? Bien d’autres interrogations s’imposent à tout observateur vigilant, car elles pointent du doigt des incohérences majeures qui dévoileraient, pour le moins, de fraternels accommodements avec certains milieux. Même le fameux contexte extérieur sur lequel ces gouvernants de la dernière heure aimeraient tant se défausser pour  expliquer leurs piètres performances est inopérant.

quote-open-light1Le seuil de tolérance des Tunisiens a considérablement baissé, car ils sont fatigués et éreintés par une crise dont on ne semble pas voir le bout. Il y a un profond malaise grandissant et une fronde apolitique qui gronde. Le projet de loi de finances 2017 pourrait donner des signaux plus positifs pour indiquer que le gouvernement saisit les messages d’alerte et agira en conséquence pour esquisser un redressement équitable.

 

Outre un climat général qui inhibe toute initiative réformatrice fiable, susceptible de rétablir les fondamentaux de notre économie et ses équilibres, il ne serait pas prudent d’occulter un constat : le seuil de tolérance des Tunisiens a considérablement baissé, car ils sont fatigués et éreintés par une crise dont on ne semble pas voir le bout. Il y a un profond malaise grandissant et une fronde apolitique qui gronde. Le projet de loi de finances 2017 pourrait donner des signaux plus positifs pour indiquer que le gouvernement saisit les messages d’alerte et agira en conséquence pour esquisser un redressement équitable’

 

About Ribens

Diplômé de l'Institut d'Etudes Politiques de Paris (Section : Relations internationales - juin 1978), se destinait à une carrière dans la diplomatie après un stage à l'Ambassade de Tunisie à Paris. Les circonstances 'hasards et nécessités- décidèrent d'un itinéraire professionnel différent. Parallèlement à de ses études à Sciences Po-Paris et à Paris II en sciences de l'information et de la communication, il entame en 1974 une exaltante aventure de correspondant à Paris ' chroniqueur (quotidiens & hebdomadaires tunisiens) qu'il poursuit pendant six ans. Ce qui lui permit d'approcher plusieurs personnalités politiques françaises et étrangères ainsi que des écrivains pour des entretiens (notamment Pierre Mendès-France, Michel Rocard, Michel Jobert, Hélène Carrère d'Encausse, Arthur Conte'), outre les articles et chroniques publiés régulièrement. Cette étape de son parcours, qui correspond à un élan spontané depuis l'enfance pour la lecture et l'écriture, s'enrichit en 1980 par un engagement politique auprès d'un homme d'Etat tunisien d'exception, Monsieur Mohamed Mzali qui portait alors un projet humaniste de démocratie et de progrès pour son pays. Il assure auprès de lui les fonctions de chargé de mission, d'abord au ministère de l'Education Nationale puis au premier Ministère pendant six années. Cet engagement à la fois lucide et enthousiasmé fut une expérience inédite qui lui permit de vivre durant cette période les efforts entrepris pour établir la démocratie (pluripartisme, liberté de la presse') et entamer les réformes nécessaires. Mais aussi d'observer une classe politique cynique et corrompue, traversée par les querelles marginales aux dépends de l'évolution de tout un pays et du bien être d'un peuple pacifique. Malgré l'épilogue de cette « traversée du Styx », aux côtés d'une figure marquante, il n'a jamais renié ses engagements pour les libertés. Les enseignements de cette expérience, avec ses revers mais aussi les espoirs qu'elle avait éveillés, l'avaient édifié sur la stérilité du combat politique dans des systèmes biaisés. Cependant, même si le « microcosme politique » n'a plus de sens pour lui, il n'a pas tourné le dos à une certaine éthique ni renoncer à agir. Il choisit de se retirer de cet univers détestable d'anthropophagie politicienne en regagnant l'administration comme cadre supérieur pendant dix-sept ans au cours desquels il a occupé des postes de direction. Il a exercé simultanément plusieurs activités : Conseiller Municipal élu de sa ville (1984 ' 1988), Secrétaire Général National élu ' Jeune Chambre de Tunisie (1988), Sénateur de la Jeune Chambre Internationale (Jaycees International), comme il a assuré une consultance en marketing et a enseigné le commerce international appliqué à la Faculté de Management & de Commerce International, à l'Université de Tunis III / Institut Supérieur de Gestion de Tunis. Il collabore aussi pour le compte de la Commission Européenne en tant qu'External expert pour l'évaluation des projets (EUMEDIS) dans deux domaines : commerce électronique et e-training. C'est en 2003 qu'il est contacté par le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) pour une consultance au Koweït (un an), puis accepte une proposition de la Public Authority For Industry de ce pays comme conseiller depuis 2004 à ce jour. Sa passion pour la lecture et l'écriture ne s'est pas émoussée avec le temps, elle s'est affirmée d'abord à travers des traductions de l'arabe au français du livre « Les Courants Littéraires dans la Tunisie Contemporaine » (ATLAS Editions ' Février 1998), puis du roman « Aïcha » (Editions Bénévent- Juillet 2008), avant d'écrire son premier essai « Libertés fondamentales et modes de corruption des systèmes » aux Editions Thélès (2010).

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