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La cangue de la loi de Finances 2017

Le 27 août 2016, le gouvernement  d’union nationale obtient la confiance de l’ARP et le lendemain ses membres prêtent serment. De nombreuses réserves ont été exprimées sur la pertinence de ce changement de gouvernement, aussi bien  pour ce qui concerne le moment choisi que pour les motivations et les desseins de son promoteur. Il est né dans un empressement suspect manifesté par le Président de la République qui voulait aller vite en besogne pour régner sur l’Exécutif. Malgré de sérieux reproches, le fait accompli a contraint tous ceux qui accordent la primauté à l’intérêt général à mettre en sourdine leurs critiques pour offrir une chance à la nouvelle équipe. C’était un préjugé favorable à l’action qui a été émis, ce qui signifie qu’il était conditionné par la nécessité d’entreprendre des actions qui répondraient aux impératifs de l’étape et qui ouvriraient des perspectives.

Quatre-vingt-cinq jours après, le nouveau gouvernement continue à faire du surplace et présente le spectacle pathétique d’un engin chargé de bric et de broc, embourbé dans la vase de la loi de Finances 2017 ! Son talon d’Achille est qu’il manque incontestablement de vision et lorsqu’il veut prendre de timides  initiatives, elles sont souvent maladroites et pèchent par un excès de précipitation et d’optimisme injustifié au niveau des projections, sans omettre qu’il peine à vendre ses recettes puisées dans une vieille boîte à outils. C’est finalement une méthodologie vacillante dans la conception des équilibres financiers, dans l’approche des partenaires sociaux, un travail d’amateurs intermittent et d’une technicité sans garantie auquel nous assistons.

Pourtant, tant de voix se sont élevées pour conseiller l’exploration de nouvelles pistes, loin des archaïsmes et des bricolages. L’amorce d’une réponse aux maux de l’économie tunisienne exige une autre politique, en rupture avec le « train- train » habituel. Il se confirme, après ce passage devant l’ARP, qu’il n’y a plus rien à attendre de ce gouvernement dont le chef est obnubilé par le prestige de la haute fonction et ses servitudes, inhibé par son incommode gratitude au mage de Carthage qui l’a sorti de sa manche lors d’un spectacle d’illusionnisme et catapulté à la Kasbah.

Plutôt que d’établir un programme de redressement 2017-2019, basé sur un planning de mesures et de réformes audacieuses et chiffrées, il s’est enfermé dans la cangue budgétaire sans aménager les conditions d’une relance économique. Plutôt que d’agir vite pour remettre en marche l’administration et les rouages de l’économie, en ne lésinant pas sur le recours aux moyens légaux pour neutraliser les saboteurs et les trafiquants sans égards pour leurs protecteurs, il s’est laissé coincé dans les sables mouvants des corporatismes et des lobbys. Plutôt que de faire payer sans attendre les barons de la contrebande et les affairistes fraudeurs qui conservent des sommes faramineuses hors circuit bancaire, il simule une thérapie de choc et met à contribution les fonctionnaires et les plus démunis pour combler les déficits…

La députée Myriam Boujbel vient de soulever un pan du voile dissimulant des prodigalités choquantes constatées dans la gestion de plusieurs entreprises publiques, sans que ce gouvernement ne se décide à agir. Elle souligne : « L’Etat fait face à un déficit annuel d’environ 4 millions de dinars dans plus de 30 institutions publiques. Comment pouvons-nous exiger un effort fiscal supplémentaire de la part du citoyen ordinaire, alors qu’il supporte le fardeau des turpitudes de ces institutions, qui prodiguent sans compter des avantages à leurs agents ». Elle fournit plusieurs exemples : « Les caisses sociales font face à de graves difficultés financières, elles sont enlisées dans la dette, mais depuis 2011, ses dirigeants se permettent encore d’exempter près de 5000 employés de verser leurs contributions aux caisses. Plus de 8000 employés de la SONEDE sont exemptés du paiement de leurs factures de consommation d’eau. Les factures impayées de la STEG totalisent 500 millions de dinars, et par surcroît la société dispense plus de 15.000 de ses agents du paiement des factures de consommation d’électricité. Tunisair, qui enregistre des pertes financières de 400 millions de dinars, offre à ses 8000 employés et leurs familles de voyager sans payer »… Au total, ces sommes additionnées sont loin d’être négligeables. Elles correspondent à des politiques démesurément prodigues. Ces avantages consentis aux salariés des grandes entreprises publiques doivent être mieux contrôlés, faute d’être réexaminées. Cependant, toucher à ces privilèges serait considéré comme une véritable provocation, on y verrait un « acquis social » intouchable, en compensation de salaires supposés moins élevés !

Bref, il s’avère que l’actuel chef du Gouvernement n’est pas meilleur que ses prédécesseurs. Les Tunisiens demeurent soucieux et désappointés, ils n’ont même pas l’illusion que dans une mer qui tangue, il y a un capitaine à la barre, fût-il un fier à bras sans perception de l’avenir. Les belles joutes oratoires devant les caméras, les effets de manche prennent le pas sur l’essentiel, à savoir des piles de dossiers en attente de traitement depuis des années.

About Ribens

Diplômé de l'Institut d'Etudes Politiques de Paris (Section : Relations internationales - juin 1978), se destinait à une carrière dans la diplomatie après un stage à l'Ambassade de Tunisie à Paris. Les circonstances 'hasards et nécessités- décidèrent d'un itinéraire professionnel différent. Parallèlement à de ses études à Sciences Po-Paris et à Paris II en sciences de l'information et de la communication, il entame en 1974 une exaltante aventure de correspondant à Paris ' chroniqueur (quotidiens & hebdomadaires tunisiens) qu'il poursuit pendant six ans. Ce qui lui permit d'approcher plusieurs personnalités politiques françaises et étrangères ainsi que des écrivains pour des entretiens (notamment Pierre Mendès-France, Michel Rocard, Michel Jobert, Hélène Carrère d'Encausse, Arthur Conte'), outre les articles et chroniques publiés régulièrement. Cette étape de son parcours, qui correspond à un élan spontané depuis l'enfance pour la lecture et l'écriture, s'enrichit en 1980 par un engagement politique auprès d'un homme d'Etat tunisien d'exception, Monsieur Mohamed Mzali qui portait alors un projet humaniste de démocratie et de progrès pour son pays. Il assure auprès de lui les fonctions de chargé de mission, d'abord au ministère de l'Education Nationale puis au premier Ministère pendant six années. Cet engagement à la fois lucide et enthousiasmé fut une expérience inédite qui lui permit de vivre durant cette période les efforts entrepris pour établir la démocratie (pluripartisme, liberté de la presse') et entamer les réformes nécessaires. Mais aussi d'observer une classe politique cynique et corrompue, traversée par les querelles marginales aux dépends de l'évolution de tout un pays et du bien être d'un peuple pacifique. Malgré l'épilogue de cette « traversée du Styx », aux côtés d'une figure marquante, il n'a jamais renié ses engagements pour les libertés. Les enseignements de cette expérience, avec ses revers mais aussi les espoirs qu'elle avait éveillés, l'avaient édifié sur la stérilité du combat politique dans des systèmes biaisés. Cependant, même si le « microcosme politique » n'a plus de sens pour lui, il n'a pas tourné le dos à une certaine éthique ni renoncer à agir. Il choisit de se retirer de cet univers détestable d'anthropophagie politicienne en regagnant l'administration comme cadre supérieur pendant dix-sept ans au cours desquels il a occupé des postes de direction. Il a exercé simultanément plusieurs activités : Conseiller Municipal élu de sa ville (1984 ' 1988), Secrétaire Général National élu ' Jeune Chambre de Tunisie (1988), Sénateur de la Jeune Chambre Internationale (Jaycees International), comme il a assuré une consultance en marketing et a enseigné le commerce international appliqué à la Faculté de Management & de Commerce International, à l'Université de Tunis III / Institut Supérieur de Gestion de Tunis. Il collabore aussi pour le compte de la Commission Européenne en tant qu'External expert pour l'évaluation des projets (EUMEDIS) dans deux domaines : commerce électronique et e-training. C'est en 2003 qu'il est contacté par le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) pour une consultance au Koweït (un an), puis accepte une proposition de la Public Authority For Industry de ce pays comme conseiller depuis 2004 à ce jour. Sa passion pour la lecture et l'écriture ne s'est pas émoussée avec le temps, elle s'est affirmée d'abord à travers des traductions de l'arabe au français du livre « Les Courants Littéraires dans la Tunisie Contemporaine » (ATLAS Editions ' Février 1998), puis du roman « Aïcha » (Editions Bénévent- Juillet 2008), avant d'écrire son premier essai « Libertés fondamentales et modes de corruption des systèmes » aux Editions Thélès (2010).

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