A huge collection of 3400+ free website templates JAR theme com WP themes and more at the biggest community-driven free web design site
Home / A-Propos / L’équipée de « Abou Tartuffe » et de «Patraque Pacha bey »

L’équipée de « Abou Tartuffe » et de «Patraque Pacha bey »

Il était une fois, deux personnages sortis de nulle part. Ils se croisèrent dans la rue du faubourg par un malencontreux hasard… pour les autres. Ils se jaugèrent matoisement à travers leurs paupières tombantes, et tout de suite virent qu’ils feraient la paire pour ourdir toutes les combines imaginables et tous les impairs.

Au vu de leurs exploits, il s’est avéré que l’un ne vaut pas mieux que l’autre. Et voici la conversation qui s’est engagée entre nos deux vieux larrons, lors de leur rencontre :

– Salam alikoum. Je suis Abou Tartuffe, le seul au monde ici bas capable de vendre du jus de chaussettes en faisant croire que c’est de la pisse de chameau bénite. J’ai roulé ma bosse de la Perse au Soudan en passant par les bords de la Tamise où j’ai fini par rafler la mise. Je suis le maître de la dissimulation, de la simulation, ma caverne est débordante de tous mes larcins, elle n’a rien à envier à celle de Ben Ali Baba, et mes ouailles sont plus que quarante…

Et il déploie, dans un sourire chafouin, son nouveau clavier récemment revu et corrigé, en poussant à la fin un yakh yakh yakh en guise de rire.

– Et bien moi c’est Patraque Pacha Bey, j’ai survécu à la troisième guerre punique, j’ai joué du zarbout avec Scipion l’affreux et des billes avec Ahmed Bey et Mohammed es-Saddok Bey, maintenant je jongle avec la hamra kahla et je rafle presque tout à tous les coups avec la peuplade des lieux. Les goulots des bouteilles me connaissent bien, ils sont de mon ressort, et dans ce domaine, je suis le plus fort. Il suffit que je mette des lorgnettes noires pour me faire passer pour un zaim et ça pigeonne immanquablement ceux qui se laissent duper par mes pantomimes. Je feins et j’affabule. ça fonctionne à merveille, tellement mes cibles sont si crédules !

Le souffle de son rire affecté laisse entrevoir un dentier mal ficelé, qu’il remet à sa place dans un geste routinier.

– En joignant nos états de services, mon frérot Patraque Pacha Bey, on peut faire main basse sur toute la contrée. On jouera la tactique du « pas trop gentil » et du « pas vraiment méchant » à tour de rôle pour mieux brouiller les cartes. Ils ne verront que du feu. Tu fermes les yeux sur mes manigances et j’en ferais de même pour tes combines.

– Top-là cheikh Abou Tartuffe, faufilons-nous dans cette pension toute proche pour reposer nos vieux os et ficelons notre satanique manigance pour s’en mettre plein la panse.

Les deux compères ne s’embarrassent pas de circonvolutions inutiles pour tirer des plans sur la comète… Ils réapparaissent, après leurs longues conciliabules, bras dessus bras dessous, se pavanant en ânonnant :

C’est bien moi Abou Tartuffe,

le sultan de l’esbroufe et du bluff

je fourgues aux crédules

de la gadoue pour des truffes.

C’est moi El Bey Patraque,

le roi du bric-à-brac
Sur du sable est bâtie

ma chimère de dynastie

C’est moi El Bey Patraque,

Pour ma burlesque bouille

tout le monde craque…

ou presque !

C’est moi Abou Tartuffe
C’est toi El Bey Patraque
C’est toi le madré et moi le retors
C’est moi El Bey Patraque
C’est toi Abou Tartuffe
Et nous sommes de bons compères

Quand un y va, l’autre le suit
Toujours ensemble, toujours unis
On se chamaille mais qu’est-ce qu’on rigole

En voyant la tête que font ces guignols
Nous sommes Abou Tartuffe et Bey Patraque
Quand je fais une grosse bêtise je me mets vite à brailler
(pour ne pas me faire disputer)
Quand tu fais une grosse bêtise je me mets vite à fulminer

Mais je t’ai vite pardonné, je ne suis pas rancunier

(En chœur)

C’est toi Abou Tartuffe,

c’est toi le Bey Patraque,

malgré tous nos couacs

on a bien garni notre bissac

avec les gains de toutes nos arnaques…

 

Et ils disparaissent dans le brume de l’Histoire…

About Ribens

Diplômé de l'Institut d'Etudes Politiques de Paris (Section : Relations internationales - juin 1978), se destinait à une carrière dans la diplomatie après un stage à l'Ambassade de Tunisie à Paris. Les circonstances 'hasards et nécessités- décidèrent d'un itinéraire professionnel différent. Parallèlement à de ses études à Sciences Po-Paris et à Paris II en sciences de l'information et de la communication, il entame en 1974 une exaltante aventure de correspondant à Paris ' chroniqueur (quotidiens & hebdomadaires tunisiens) qu'il poursuit pendant six ans. Ce qui lui permit d'approcher plusieurs personnalités politiques françaises et étrangères ainsi que des écrivains pour des entretiens (notamment Pierre Mendès-France, Michel Rocard, Michel Jobert, Hélène Carrère d'Encausse, Arthur Conte'), outre les articles et chroniques publiés régulièrement. Cette étape de son parcours, qui correspond à un élan spontané depuis l'enfance pour la lecture et l'écriture, s'enrichit en 1980 par un engagement politique auprès d'un homme d'Etat tunisien d'exception, Monsieur Mohamed Mzali qui portait alors un projet humaniste de démocratie et de progrès pour son pays. Il assure auprès de lui les fonctions de chargé de mission, d'abord au ministère de l'Education Nationale puis au premier Ministère pendant six années. Cet engagement à la fois lucide et enthousiasmé fut une expérience inédite qui lui permit de vivre durant cette période les efforts entrepris pour établir la démocratie (pluripartisme, liberté de la presse') et entamer les réformes nécessaires. Mais aussi d'observer une classe politique cynique et corrompue, traversée par les querelles marginales aux dépends de l'évolution de tout un pays et du bien être d'un peuple pacifique. Malgré l'épilogue de cette « traversée du Styx », aux côtés d'une figure marquante, il n'a jamais renié ses engagements pour les libertés. Les enseignements de cette expérience, avec ses revers mais aussi les espoirs qu'elle avait éveillés, l'avaient édifié sur la stérilité du combat politique dans des systèmes biaisés. Cependant, même si le « microcosme politique » n'a plus de sens pour lui, il n'a pas tourné le dos à une certaine éthique ni renoncer à agir. Il choisit de se retirer de cet univers détestable d'anthropophagie politicienne en regagnant l'administration comme cadre supérieur pendant dix-sept ans au cours desquels il a occupé des postes de direction. Il a exercé simultanément plusieurs activités : Conseiller Municipal élu de sa ville (1984 ' 1988), Secrétaire Général National élu ' Jeune Chambre de Tunisie (1988), Sénateur de la Jeune Chambre Internationale (Jaycees International), comme il a assuré une consultance en marketing et a enseigné le commerce international appliqué à la Faculté de Management & de Commerce International, à l'Université de Tunis III / Institut Supérieur de Gestion de Tunis. Il collabore aussi pour le compte de la Commission Européenne en tant qu'External expert pour l'évaluation des projets (EUMEDIS) dans deux domaines : commerce électronique et e-training. C'est en 2003 qu'il est contacté par le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) pour une consultance au Koweït (un an), puis accepte une proposition de la Public Authority For Industry de ce pays comme conseiller depuis 2004 à ce jour. Sa passion pour la lecture et l'écriture ne s'est pas émoussée avec le temps, elle s'est affirmée d'abord à travers des traductions de l'arabe au français du livre « Les Courants Littéraires dans la Tunisie Contemporaine » (ATLAS Editions ' Février 1998), puis du roman « Aïcha » (Editions Bénévent- Juillet 2008), avant d'écrire son premier essai « Libertés fondamentales et modes de corruption des systèmes » aux Editions Thélès (2010).